Égalité Biblique

Tite · Saine doctrine · Ministère

Libérer Tite 1.5-9 de son isolement

Les qualifications du ministre dans l’épître à Tite.

Par Dr Ralf Lubs · Égalité Biblique

Tite et la saine doctrine
Tite · Saine doctrine · Ministère

Libérer Tite 1.5-9 de son isolement

Les qualifications du ministre dans l’épître à Tite.

Par Dr Ralf Lubs Article

Pour comprendre ce que Paul enseigne à Tite concernant l’établissement des anciens dans l’Église, il ne suffit pas d’isoler Tite 1.5-9 et d’en faire une simple liste de conditions. Les qualifications des anciens doivent être comprises à la lumière de l’ensemble de l’épître.

Principe directeur : la saine doctrine doit produire une vie sainte, et celui ou celle qui enseigne doit vivre conformément à ce qu’il ou elle enseigne.

Il existe toutefois un véritable désaccord d’interprétation parmi les chrétiens concernant la question des femmes anciennes. Certains comprennent le langage masculin de Tite 1, notamment l’expression « mari d’une seule femme », comme indiquant que la fonction d’ancien est réservée aux hommes. D’autres considèrent que Paul décrit ici la fidélité morale et conjugale attendue des candidats dans son contexte, sans établir le sexe masculin comme qualification universelle et permanente. Tite montre néanmoins très clairement que les qualifications fondamentales du ministère concernent la doctrine, le caractère, la maturité spirituelle et une vie conforme à l’Évangile.

1. Pourquoi Tite 1.5-9 ne suffit pas à lui seul

Paul demande à Tite d’établir des anciens dans chaque ville (1.5), puis décrit l’ancien ou surveillant comme irréprochable, fidèle dans sa vie familiale, maître de lui-même, juste, saint, discipliné et hospitalier. Il ne doit être ni arrogant, ni colérique, ni violent, ni attaché à un gain honteux (1.6-8).

Je t’ai laissé en Crète afin que tu mettes en ordre ce qui reste à régler et que, conformément à mes instructions, tu établisses des anciens dans chaque ville. Il faut que l’ancien soit irréprochable, fidèle à sa femme, que ses enfants soient croyants et ne soient pas accusés de débauche ni rebelles. En effet, il faut que le responsable soit irréprochable en tant qu’intendant de Dieu. Il ne doit pas être arrogant, ni colérique, ni adonné au vin, ni violent, ni porté vers un gain honteux, mais hospitalier, ami du bien, réfléchi, juste, saint, maître de lui, attaché à la parole digne de confiance telle qu’elle a été enseignée, afin d’être capable d’encourager les autres par le solide enseignement et de réfuter les contradicteurs.

Tite 1.5-9 (Segond 21)

La description atteint son point culminant au verset 9 : l’ancien doit être attaché à la vraie parole telle qu’elle a été enseignée, afin d’exhorter selon la saine doctrine et de réfuter les contradicteurs. Le responsable a donc une responsabilité d’enseignement.

Mais qu’est-ce que la saine doctrine, et quelle sorte de vie doit-elle produire ? Les chapitres 2 et 3 répondent à ces questions. Tite 1 présente le ministre qui conserve et défend la saine doctrine ; Tite 2 montre que cette doctrine produit une vie sainte chez les hommes comme chez les femmes ; Tite 3 explique comment l’Évangile fonde cette vie transformée.

2. Tite 1 : le ministre doit connaître la vérité et la vivre

Paul exige d’abord que le candidat soit irréprochable (1.6). Il décrit ensuite le surveillant comme « intendant de Dieu » (1.7). Le ministère est donc une responsabilité reçue de Dieu, et non simplement une position de prestige ou de pouvoir.

Le responsable ne doit être ni arrogant, ni colérique, ni violent, ni avide de gain. Il doit au contraire être hospitalier, ami du bien, raisonnable, juste, saint et maître de lui-même (1.7-8). Puis vient la qualification doctrinale : il doit être attaché à la vraie parole telle qu’elle a été enseignée (1.9).

Paul unit donc immédiatement deux dimensions : le caractère et la conduite (1.6-8), puis la doctrine et la capacité d’enseigner (1.9).

3. Les faux docteurs montrent ce qu’un ministre ne doit pas être

Immédiatement après avoir décrit les anciens qualifiés, Paul parle de gens rebelles, de vains discoureurs et de séducteurs (1.10). Ils enseignent pour un gain honteux ce qu’on ne doit pas enseigner (1.11).

Le contraste est clair : le ministre fidèle s’attache à la Parole, enseigne la saine doctrine et mène une vie irréprochable ; le faux docteur enseigne ce qu’il ne faut pas enseigner, poursuit un gain honteux et produit de mauvais fruits.

Ils prétendent connaître Dieu, mais ils le renient par leurs actes.
Tite 1.16 (Segond 21)

Une profession doctrinale correcte ne suffit donc pas. Il faut demander à la fois : que cette personne enseigne-t-elle ? et sa vie confirme-t-elle ce qu’elle enseigne ?

4. Tite 2 : la saine doctrine produit des hommes et des femmes pieux

Le chapitre 2 commence par : « Quant à toi, dis ce qui est conforme au sain enseignement » (2.1). Paul ne parle donc pas seulement d’idées justes, mais d’une manière de vivre qui correspond à la doctrine.

Il applique ensuite cette vérité aux hommes âgés, aux femmes âgées, aux jeunes femmes, aux jeunes hommes, à Tite lui-même et aux serviteurs. Le même Évangile doit former chacun de ces groupes.

5. Les femmes âgées sont elles aussi appelées à enseigner

Paul dit que les femmes âgées doivent avoir une conduite qui convient à la sainteté, ne pas être médisantes ni esclaves du vin, et être capables d’enseigner de bonnes choses (2.3). Elles doivent notamment former les jeunes femmes (2.4-5).

De même, les femmes âgées doivent avoir un comportement qui convienne à des personnes saintes. Elles ne doivent pas être médisantes ni adonnées au vin ; elles doivent enseigner ce qui est bien, afin d’apprendre aux jeunes femmes à aimer leur mari et leurs enfants, à être réfléchies et pures, à s’occuper de leur foyer, à être bonnes et soumises à leur mari, afin que la parole de Dieu ne soit pas calomniée.

Tite 2.3-5 (Segond 21)

Quelle que soit la conclusion adoptée concernant l’office d’ancien, Tite ne permet donc pas de réduire la question à la formule « les hommes enseignent et les femmes n’enseignent pas ». Paul décrit explicitement des femmes qui enseignent ce qui est bon.

6. Les mêmes qualités spirituelles apparaissent chez les hommes et les femmes

Les hommes âgés doivent être sobres, dignes, maîtres d’eux-mêmes, sains dans la foi, l’amour et la persévérance (2.2). Les femmes âgées doivent être saintes dans leur conduite et enseigner ce qui est bon (2.3). Les jeunes femmes doivent notamment être maîtresses d’elles-mêmes et pures (2.4-5), et les jeunes hommes doivent eux aussi être maîtres d’eux-mêmes (2.6).

Puis Paul dit à Tite de se montrer lui-même « un modèle de bonnes œuvres » et de manifester dans son enseignement intégrité et dignité (2.7). Nous retrouvons donc le principe : enseignement et exemple personnel. Le ministre doit vivre sous l’autorité de ce qu’il enseigne.

7. Tite 2.11-14 explique pourquoi le caractère est essentiel

La grâce de Dieu apporte le salut et nous enseigne à renoncer à l’impiété et aux convoitises mondaines pour vivre avec maîtrise de soi, justice et piété (2.11-12). Les qualifications du chapitre 1 correspondent ainsi à la vie que la grâce doit produire chez tous les croyants.

L’ancien doit être maître de lui-même (1.8), et la grâce apprend aux croyants à vivre avec maîtrise de soi (2.12). Il doit être juste et saint (1.8), tandis que les croyants doivent vivre dans la justice et la piété (2.12). Il doit aimer le bien (1.8), et le peuple racheté par Christ doit être zélé pour les bonnes œuvres (2.14).

Les qualifications du responsable sont donc une manifestation mûre de la vie que l’Évangile doit produire dans le peuple de Dieu.

8. La grâce transforme la vie

Jésus-Christ s’est donné pour racheter son peuple de toute iniquité, le purifier et le rendre zélé pour les bonnes œuvres (2.14). Le ministère chrétien ne peut donc pas être séparé d’une vie transformée.

Un homme peut être éloquent, instruit et théologiquement compétent ; si sa vie contredit continuellement ce qu’il enseigne, quelque chose de fondamental manque. La même norme vaut pour une femme appelée à enseigner. La question n’est pas seulement de savoir si la personne sait enseigner, mais si elle vit sous l’autorité de ce qu’elle enseigne.

9. Tite 3 : l’Évangile doit devenir visible dans la conduite

Paul demande aux chrétiens d’être prêts à toute bonne œuvre et de ne médire de personne, d’être pacifiques, modérés et doux (3.1-2). Ces qualités correspondent encore aux exigences de Tite 1 : l’ancien ne doit être ni arrogant, ni violent, ni querelleur.

Les qualifications du ministre représentent donc la maturité de la vie chrétienne plutôt qu’une morale entièrement différente réservée aux responsables.

10. Paul fonde cette conduite sur le salut

Paul rappelle que les croyants étaient autrefois insensés, désobéissants et égarés (3.3), mais que Dieu les a sauvés, non à cause de leurs œuvres de justice, mais selon sa miséricorde (3.5). Le résultat pratique est que ceux qui ont cru en Dieu doivent s’appliquer à pratiquer de bonnes œuvres (3.8).

Le mouvement est donc : Évangile, transformation, bonnes œuvres. Celui ou celle qui enseigne cet Évangile doit montrer dans sa propre vie quelque chose de cette transformation.

11. Tite 3 montre aussi qui ne doit pas exercer une influence doctrinale

Paul demande d’éviter les discussions folles, les généalogies, les querelles et les disputes inutiles (3.9). Celui qui provoque des divisions doit être averti, puis écarté s’il persiste (3.10).

L’intelligence, la connaissance biblique ou la capacité de débattre ne suffisent donc pas à qualifier quelqu’un au ministère. Une personne peut parler avec assurance et connaître beaucoup de choses tout en produisant constamment querelles, divisions et conflits. Une telle conduite contredit la saine doctrine qu’elle prétend défendre.

12. Le principe central : la saine doctrine doit devenir une vie saine

L’une des expressions les plus importantes de l’épître est : « ce qui est conforme au sain enseignement » (2.1). Pour Paul, la saine doctrine n’est pas seulement un ensemble d’affirmations théologiques correctes. Il existe une vie qui correspond à cette doctrine.

Saine doctrine + vie impie = contradiction. Bonne conduite + fausse doctrine = insuffisant.

La doctrine de la grâce produit maîtrise de soi, justice, piété et bonnes œuvres (2.11-14). Le ministre doit posséder les deux : une doctrine saine et une vie conforme à cette doctrine.

13. Comment ce principe concerne les hommes et les femmes

Tite 2 s’adresse aux hommes âgés, aux femmes âgées, aux jeunes femmes, aux jeunes hommes, à Tite, aux serviteurs et finalement à tous les croyants. Le même Évangile transforme tous ces groupes.

Les femmes sont explicitement appelées à enseigner ce qui est bon (2.3). La maîtrise de soi, la sainteté, la fidélité, les bonnes œuvres, l’intégrité et la connaissance de la vérité ne sont donc pas des vertus masculines : ce sont des fruits de la maturité chrétienne chez les hommes comme chez les femmes.

14. Que signifie « mari d’une seule femme » ?

Tite 1.6 décrit le candidat comme « mari d’une seule femme ». Le grec mias gynaikos aner peut être rendu assez littéralement par « homme d’une seule femme ».

Selon une première interprétation, cette formulation indique que Paul envisage l’ancien comme un homme et que l’office est donc réservé aux hommes. Selon une seconde, l’expression fonctionne principalement comme une qualification de fidélité sexuelle et conjugale : le responsable doit être fidèle et non caractérisé par l’immoralité.

Si l’expression signifiait simplement que l’ancien doit obligatoirement être marié, tout homme célibataire serait exclu. Elle communique donc au minimum une exigence de fidélité. Mais cette observation, à elle seule, ne tranche pas la question de savoir si Paul entend également réserver l’office aux hommes. Cette question doit être examinée avec 1 Timothée 2-3 et l’ensemble du Nouveau Testament.

15. Le principe dans les trois chapitres

Tite 1
Le ministre fidèle est irréprochable, maître de soi, juste, saint, discipliné, attaché à la Parole et capable d’enseigner la saine doctrine (1.6-9). Ce qui disqualifie : rébellion, tromperie, faux enseignement, gain honteux et profession de foi contredite par les œuvres (1.10-16).
Tite 2
Le ministre fidèle enseigne ce qui convient à la saine doctrine et donne lui-même l’exemple des bonnes œuvres (2.1-10). Ce qui disqualifie : une conduite qui contredit la doctrine professée.
Tite 2.11-15
Le ministre fidèle vit sous l’action transformatrice de la grâce, renonce à l’impiété et poursuit la piété. Ce qui disqualifie : prétendre connaître la grâce sans accepter qu’elle transforme la conduite.
Tite 3
Le ministre fidèle est doux, pacifique, consacré aux bonnes œuvres et conscient du salut par grâce (3.1-8). Ce qui disqualifie : querelles inutiles, esprit de division et persistance dans l’erreur après avertissement (3.9-11).

16. Qui ne devrait pas être établi ?

Une personne ne devrait pas être établie simplement parce qu’elle est un homme, ni simplement parce qu’elle est instruite, charismatique, éloquente, expérimentée ou désire le ministère. Selon Tite, un candidat est inapte s’il est sérieusement répréhensible, arrogant, colérique, dominé par l’alcool, violent, cupide, sexuellement ou relationnellement infidèle, sans maîtrise de soi, incapable de tenir fermement l’enseignement apostolique, incapable d’instruire selon la saine doctrine, motivé par un gain honteux, habituellement querelleur, diviseur ou réfractaire à la correction.

Dans une lecture qui permet à des hommes comme à des femmes d’exercer l’office d’ancien, la même norme doctrinale, morale et spirituelle doit être appliquée aux deux sexes. Être un homme ne compense jamais une doctrine fausse ou une vie contraire à l’Évangile ; être une femme capable d’enseigner ne dispense jamais des exigences de caractère et de fidélité.

17. Conclusion : tenir la vérité, l’enseigner et la vivre

« Attaché à la parole digne de confiance telle qu’elle a été enseignée. »
Tite 1.9 (Segond 21)
« Ils prétendent connaître Dieu, mais ils le renient par leurs actes. »
Tite 1.16 (Segond 21)
« Montre-toi toi-même à tout point de vue un modèle de belles œuvres. »
Tite 2.7 (Segond 21)

Ces textes forment ensemble un principe cohérent : tenir la vérité, enseigner la vérité et vivre la vérité. Celui ou celle qui enseigne doit être fidèle à la doctrine apostolique et montrer dans sa conduite l’effet de cette doctrine.

Tite démontre donc que les qualifications du ministère ne peuvent pas être réduites à une liste isolée de Tite 1.5-9. Toute l’épître relie doctrine, caractère, exemple personnel, bonnes œuvres et fidélité. La question distincte de savoir si Paul ajoute le sexe masculin comme qualification permanente de l’office demeure un point d’interprétation sur lequel les chrétiens divergent.

Questions fréquentes sur Tite 1 et les anciens

Que dit Tite 1.5-9 sur les qualifications des anciens ?

Tite 1.5-9 met l’accent sur le caractère, la maîtrise de soi, la justice, la sainteté, l’hospitalité et l’attachement à la parole fiable. Le texte ne fonde pas un privilège masculin : il appelle à discerner la maturité spirituelle et la fidélité à l’Évangile.

L’expression « mari d’une seule femme » exclut-elle les femmes de la fonction d’ancien ?

Non, cette expression indique d’abord la fidélité sexuelle et relationnelle. Elle ne prouve pas que tout ancien doive être un homme, pas plus qu’elle ne prouve que tout ancien doive être marié. Dans une lecture égalitaire, elle appelle toute personne responsable à une fidélité irréprochable.

Les femmes peuvent-elles enseigner selon l’épître à Tite ?

Oui. Tite 2.3 dit explicitement que les femmes âgées doivent enseigner ce qui est bon. L’épître ne présente donc pas l’enseignement comme une activité exclusivement masculine, mais reconnaît des femmes comme voix formatrices dans la communauté.

Quel est le principe central de l’épître à Tite ?

Le principe central est que la saine doctrine doit produire une vie conforme à l’Évangile. Ce principe vaut pour les hommes et pour les femmes : doctrine, caractère, bonnes œuvres et fidélité sont les vrais critères du ministère.

Source

Article de Dr Ralf Lubs, partagé en collaboration avec Égalité Biblique.

Publication originale : Libérer Tite 1.5-9 de son isolement .

Textes bibliques : Segond 21.

Version Segond 21 © 2007 Société Biblique de Genève. Les citations d’auteurs, les comparaisons de traductions et les remarques sur les langues originales sont distinguées des citations bibliques.